IRAN
Deux ans après leur soulèvement “Femme, Vie, Liberté”, les femmes iraniennes sont de nouveau réprimées par leur gouvernement, qui veut briser toutes les initiatives du militantisme féminin.
Des femmes iraniennes qui “luttent pour leurs droits”
Le 16 septembre 2022, après la mort de Mahsa Amini, le peuple iranien a manifesté contre le régime en place, avec un slogan sur toutes les lèvres : “Mort au dictateur”. La jeune étudiante avait été battue quelques jours auparavant par les policiers, causant chez elle une hémorragie intracérébrale à cause des violences trop répétées. La raison, pour les forces de l’ordre, était la suivante : elle portait des “vêtements inappropriés”, un “mauvais hijab”. Le président en place, Ebrahim Raissi, a effectivement incité les autorités à faire preuve d’une plus grande rigueur concernant l’application de la Velayat-e faqih, un système politique et religieux concentré sur le contrôle social de la population iranienne. Mais suite à la mort de Mahsa Amini, les Iraniens ont été scandalisés par la violence du système policier. Ils ont commencé à se révolter, notamment par le geste symbolique de femmes qui ont enlevé publiquement leur hijab, ou encore d’autres qui se sont coupé les cheveux, contredisant ainsi les règles premières du régime en place.
C’est à ce moment-là qu’est né le mouvement « Femme, Vie, Liberté ».
Les forces de l’ordre iraniennes ont répondu par la même violence que celle de la conviction des femmes : depuis la mort de la jeune étudiante, la police a fait plus de 550 morts, et des milliers de personnes ont été arrêtées.

“Le voile doit rester un choix”, manifestations à Téhéran du mercredi 21 septembre 2022 (source image : 20minutes.fr))
Des libertés de plus en plus réprimées
En 2024, les libertés des femmes ont connu des changements conséquents en Iran. Le 18 septembre 2024, la » Loi sur la protection de la famille par la promotion de la culture du hijab et de la chasteté » a été approuvée par le Conseil des Gardiens.
Entrant en vigueur en décembre 2024, elle comprenait 71 articles. Ces derniers proclamaient la situation future des femmes en Iran, plus proche de la survie. Tout d’abord, le contrôle gouvernemental de la vie des femmes devait être renforcé, ainsi que les sanctions contre le militantisme et le manquement au port du hijab. Les entreprises ne faisant pas respecter ces mesures risqueraient donc des amendes et des menaces de fermeture. Dans ce même sens, des pouvoirs croissants ont été accordés aux autorités iraniennes pour qu’ils puissent au mieux identifier et poursuivre les infractions. Pour permettre la bonne application de ces articles, des sanctions avaient été prévues. Par exemple, il était annoncé jusqu’à 10 ans de prison ou 12 000 dollars d’amende pour « nudité » en public ou en ligne, jusqu’à 15 ans de prison et 22 000 dollars d’amende pour les « récidivistes », des restrictions de voyage et de renouvellement de documents officiels en cas de non-paiement des amendes. Pour couronner le tout, l’article 59 de cette loi donnait une impunité totale aux autorités qui faisaient respecter le port du voile obligatoire.

Femmes en Iran, soumises aux règles du port de l’hijab (source image : tf1info.fr)
Des solutions ? comment lutter à notre échelle ?
La “ Loi sur la protection de la famille par la promotion de la culture du hijab et de la chasteté » du 18 septembre 2024 n’a finalement pas été mise en place, pour cause de contestations publiques au niveau du gouvernement, puis du peuple iranien, et enfin d’autres pays. Mais l’oppression des libertés des femmes n’en reste pas moindre. C’est pourquoi il est important d’agir.
Même si nous paraissons impuissants face à la condition de ces femmes par notre éloignement géographique, nous pouvons pourtant dans nos postures défendre leurs libertés. Cela commence par des actes simples, tels que s’informer et sensibiliser : rien n’est mieux que des sources vérifiées et le partage d’informations fiables pour alerter le plus possible notre entourage de la situation. S’il y a une volonté d’agir concrètement pour aider les femmes iraniennes à se sortir du mieux de leur situation, il existe aussi la possibilité de soutenir et de faire des dons à des associations. Notamment le Collectif Femme Azadi, qui permet par exemple la prise en charge des frais d’avocats pour les Iraniens demandeurs d’asile qui ont fui le pays, l’achat de produits de première nécessité et de nourriture pour les personnes dans le besoin, et l’organisation de manifestations pour porter la voix des femmes iraniennes. Finalement, utiliser nos libertés en tant que citoyens français pour défendre celles des femmes iraniennes, ne serait-ce pas une solution ?

Agathe KOTARBA, Mélina CANICIO, Lou SEBASTIEN CALVET, et Eva SIRE