
(*nourrir la planète) – EXPO – Visa pour l’image 2025
George STEINMETZ nous a fait découvrir en image les aspects les plus insolites de l’agriculture moderne, largement menacée de nos jours…maintenant, chers lecteurs, c’est à vous de les explorer !
Nul besoin de voyager dans l’espace pour voir une plante verte pousser en orbite, si l’on veut être impressionné ! Les agriculteurs terriens nous prouvent qu’ils ont les capacités d’en faire tout autant, voire davantage en termes d’innovations !
Une expo qui attire le monde entier !
Chaque année, en septembre, VISA, le festival international du photojournalisme, fait son retour dans la ville de Perpignan. Le mois dernier se déroula la 37ème édition. À l’occasion, des journalistes des 4 coins de la Terre sont venus. Parmi eux, a été accueilli le très reconnu George STEINMETZ, photo-journaliste américain. L’homme aux plus d’1 millions d’abonnées sur Instagram, a notamment travaillé pour National Geographic.

Cette année, nous pouvions le trouver au Couvent des Minimes avec une exposition sur les envers du décor de l’agriculture moderne : « Feed the planet* » !
Nous avons eu la chance de le rencontrer lors d’une visite le mois dernier. Il nous a expliqué comment en 10 ans de photographie, il a réussi à capturer l’imagination débordante des agriculteurs du 21ème siècle. Et comment s’illustre le maintien de leurs activités, malgré les grands enjeux actuels ?
À travers une quarantaine de clichés, G. Steinmetz nous fait voyager dans 36 pays, 27 Etats américains et 5 océans ! Nous en avons sélectionné une douzaine afin de vous les présenter !
Les États-Unis ont de quoi nourrir des géants !
Au pays de l’Oncle Sam, l’agriculture à très grande échelle occupe une place importante. Nombreuses sont les familles états-uniennes à vivre de ce secteur.
« Des fruits rouges par millions »

À première vue, il est difficile de comprendre ce qui se passe… Assistons-nous à la teinture d’un lac artificiel en rose ? À son nettoyage ? Ou peut-être même à un spectacle d’art contemporain ?
En réalité, cette photo assez intrigante, a été prise lors des récoltes de canneberges (cramberry en anglais) dans le Wisconsin.
Grâce à des tourbières rectangulaires modernes et à ses variétés à haut rendement, cet Etat nord-américain est la capitale mondiale de ce petit fruit rouge.
Dans cette scène, se déroulant pendant l’automne, les tourbières sont inondées afin de faire remonter les baies et les aspirer jusqu’aux camions (photo de gauche).
Du veau en boîte !

Exploitation Calf Source (Wisconsin, 2015)
Nous parions que vous avez dû vous rapprocher de votre écran, afin de comprendre que dans ces minuscules niches de fer logent de jeunes veaux…Et qu’ensuite vous vous êtes dit: « Mais quelle cruauté ! »
Néanmoins, bien que cette pratique soit certes très peu agréable, elle permet de protéger ces petits bovins du Wisconsin des maladies, souvent causes de décès prématurés…
Le fait que cet État ait produit un total de 13 milliards de kilos de lait en 2022 n’est pas sans conséquence… En seulement 40 ans, cette région du nord aura perdu près de 40 000 de ses petites laiteries.
L’Asie, experte en élevages « format XXL » !
En Asie, les pratiques alimentaires sont très variées reflétant souvent de coutumes très anciennes. Avec l’industrialisation de ces nations, certains élevages auparavant peu connus, sont maintenant développés à très grande échelle.
Au pays des « burgers à la grenouille »

Élevage de grenouilles (province de Jiangsu, Chine, juin 2016)
Dans ce cliché, George Steinmetz a capturé des éleveurs chinois qui auraient pris l’un des stéréotypes culinaires français les plus répandus, un peu trop au sérieux… Si l’imaginaire collectif vous a poussé à réfléchir à cela, détrompez-vous !
Surnommée « poulet des champs » par le peuple de « l’Empire du Milieu », la grenouille y est un met apprécié depuis près de 700 ans.
Avec l’arrivée de la restauration rapide en Asie, des fast-foods comme « Kung-fu Froggy » ont vu le jour. Ces restaurants se sont emparés de l’élevage de ces petits animaux, pour le transformer en une industrie de près de 10 milliards de dollars !
Du croco à croquer…

Élevage de crocodiles (Sri Ayutthaya, Thaïlande, janvier 2020)
Cette image nous confirme que les amphibiens sont extrêmement populaires dans la cuisine de l’Asie de l’Ouest ! Cet élevage d’environ 150 000 crocodiles, à Sri Ayutthaya, en Thaïlande en est la preuve.
L‘auteur de cette photo aérienne nous a donné son avis : « J’ai trouvé les éleveurs très ingénieux, raconte-t-il, car ils avaient placé les enclos de crocodiles à une centaine de mètres d’immenses poulaillers ». Cela permet aux crocodiles d’être nourris à partir des restes de volaille non utilisés par l’industrie agro-alimentaire.
Il est à noter, que de telles exploitations sont interdites dans un grand nombre de pays. Effectivement, le crocodile considéré comme un animal sauvage, n’a selon eux, ni sa place dans un magasin de maroquinerie, ni dans nos frigos.
Quand les chamelles auront remplacé les vaches…

Laiterie de Chamelles (Al Ain, Emirates Arabes Unis, octobre 2016)
Dans certaines laiteries des Émirats Arabes Unis, les chamelles ont remplacé les vaches ! On pourrait presque croire que ces dernières sont menacées d’extinction… Plus sérieusement, la traite de ces animaux xérophiles remonte à plusieurs milliers d’années dans les régions désertiques du Moyen-Orient.
La laiterie d’Al Ain, est la première exploitation commerciale de lait de chamelle de l’Histoire. Elle traite ses “vaisseaux du désert” par groupe de mille, trois fois par jour. Ces femelles à deux bosses consomment peu de nourriture ou d’eau si nous les comparons aux vaches (environ 2 fois moins). Par conséquent, leur production de lait est de 12 litres par jour contre 43 litres chez leur très lointaines cousines à cornes.
Amérique latine, le « multi-tasker » international de l’agro-alimentaire
Grâce à des conditions naturelles favorables, l’Amérique latine produit une large gamme de produits agricoles, allant des céréales (soja, maïs) aux produits tropicaux (café, cacao, fruits tropicaux), en passant par l’élevage bovin et avicole. Le soja est devenu le symbole de cette puissance agricole.
Poisson pour poisson

Pêche d’anchois (Pérou, port de Chimbote, mai 2019)
Vous souvenez-vous, quand plus tôt dans l’article, nous avons montré que la Chine est friande des animaux issus de l’aquaculture ? Cette photographie où l’on peut observer des pêcheurs d’anchois péruviens montre que cet attrait dernier oblige un large nombre d’acteurs !
Pour ces chalutiers du Pérou, les amateurs d’anchois ne représentent qu’une infime partie de la clientèle. À l’inverse, les fermes aquacoles forment à elles seules 95% de leur chiffre d’affaire ! Cela s’explique par le fait qu’à partir de ces petits poissons est principalement fabriquée une poudre alimentaire destinée aux élevages de saumons, thons… dont 80% se situent en Chine !
Des truies brésiliennes aux allures européennes

Élevage de porcs (Fazenda, Seis Amigos, Tapurah, Mato Grosso, Brésil, février 2018)
Cette image provient d’une grande exploitation de plus de 13 500 truies au Brésil ! Celle-ci pourrait vous faire penser qu’en Amérique du Sud les lois dédiées à la protection animale sont inexistantes… Néanmoins, le modèle d’exploitation qui nous est présenté répond bien aux normes européennes.
Si le pelage vert de ces truies vous a quelque peu surpris, nous ne voulons pas vous décevoir, mais leurs éleveurs n’avaient aucune intention de leur donner un “look punk” des années 1990 ! Cette solution topique presque turquoise, avec laquelle sont badigeonnés ces animaux, permet de les prévenir d’infections cutanées.
En effet, ces jeunes femelles ont le devoir d’être en pleine forme et très efficaces. En tant que plus gros élevage de porcelets du Brésil, chacune d’entre elles accouche de 11 petits par portées ! Afin d’obtenir de tels résultats, l’exploitation a recours à l’insémination artificielle. De plus, une truie n’est gardée qu’entre deux et trois ans, avant d’être envoyée à l’abattoir lorsqu’elle ne répond plus aux attentes…
En place, soja, souriez !

Culture de soja (Fazenda Piratini, état de Bahia, Brésil, avril 2022)
La disposition très ordonnée, quelque peu atypique, de ces laboureurs d’oléagineux n’est pas le fruit du hasard… Mais une mise en scène dirigée par George Steinmatz lui-même !
À des fins de communication, chaque année, ces employés du plus grand producteur de soja du Brésil (SLC Agricola) effectuaient déjà ce cliché presque à l’identique. Cette action publicitaire traduit parfaitement l’image que souhaite se donner ce géant de la graine. L’entreprise se dit inspirée d’Earl Butz (secrétaire américain de l’agriculture de 1971 à 1976) et de son célèbre mantra « Se développer ou disparaître ! ».
Bien que cette « philosophie » suivie par SLC Agricola se révèle très efficace, tout n’est pas rose. Leur politique intensive, comme vous avez pu le deviner, a d’énormes impacts socio-environnementaux : déforestation massive de la forêt amazonien, déplacement forcé de populations autochtones…
L’Afrique, centre de « très très vieilles » méthodes agricoles
Le continent africain est connu pour être le berceau de l’agriculture ainsi que de nombreuses cultures millénaires qui perdurent encore aujourd’hui.
Avec un climat parfois très chaud, de nombreuses populations sont victimes d’incertitude alimentaire. Or le réchauffement croissant de notre planète n’améliore pas la situation.
Du sel arc-en-ciel ?

Production de sel artisanale (du Saloum, Sénégal, mai 2018)
Dans le Delta du Saloum, au Sénégal, des vasières se transforment en une palette aux mille couleurs grâce aux différentes variétés d’algues et de micro-organismes halophiles les peuplant.
Mais produire à partir de ces puits de sels creusés un à un à la main nécessite une main d’œuvre importante. Cela explique en partie la rémunération très faible de ces paludiers…
De plus dans la région de Sin-Saloum, la production de sel est une activité occupée à 90% par des femmes.
Au total, les saliniers de ce Delta produisent environ un tiers des 500 000 tonnes de sel sénégalais chaque année.
Une céréale inconnue aux propriétés uniques

Récolte de teff (Région d’Amhara, Éthiopie, janvier 2012)
Cet immense pelage délicat que nous présente cette image est une petite exploitation de tiges de teff sur les hauts plateaux d’Amhara, en Éthiopie.
À plus de 2500 m d’altitude, ce produit hautement nutritif est délicatement récolté à la main par des villageois. Étant une des premières céréales à avoir été domestiquée, elle nourrit aujourd’hui quelque 50 millions de personnes dans la Corne de l’Afrique. Menacés par l’insécurité alimentaire, ces exploitations sont capitales pour les populations éthiopiennes. Le teff est présent dans ces régions arides depuis des millénaires, il est prôné pour sa résistance à la sécheresse. Cependant, de nos jours, les rendements restent faibles.
L’Europe : terre des « casses têtes » agricoles
Au fil des années, des dizaines de pays d’Europe ont délaissé de nombreuses branches de l’agriculture, favorisant souvent l’importation. Aujourd’hui sont plutôt privilégiées des productions spécialisées. Parfois d’une complexité très élevée, elles nécessitent des professionnels expérimentés.
Une laine plus chère que l’or

Ces moutons dévalant cette immense falaise suisse, source de peur bleue pour beaucoup, n’ont sûrement aucune idée que l’élevage auquel ils appartiennent est l’un des plus onéreux au monde !
Il tient notamment sa réputation de ces nombreuses contraintes qui, pour être contournées, obligent des dépenses conséquentes…
Dès les années 1970, lorsque le glacier Aletsch coupe la route de la migration annuelle, on décide de creuser un nouveau sentier étroit à la dynamite ! Une méthode encore très coûteuse à cette époque.
Néanmoins ce n’est pas tout. Principalement pour les services environnementaux fournis par les troupeaux, l’État suisse est déterminé à les maintenir. Il autorise alors les éleveurs à avoir recours à des méthodes plutôt originales…
Par exemple, pour des raisons de sécurité, chaque agneau né hors-saison doit être ramené en bas du glacier suisse. Pour s’en assurer, les nouveaux-nés sont transportés un à un, par nul autre qu’un hélicoptère !
Enfin, à mi-chemin entre grimpeur et berger, Fabrice Gex (photo de gauche), a un métier très compliqué. Comme le pâturage de ses ovins empêche les prairies alpines de se transformer en forêt, 80% de ses revenus proviennent de subventions publiques.
À ce jour, malgré les nombreuses aides gouvernementales, ces élevages de « l’extrême » ne sont toujours pas rentables. Une menace pour ces derniers qui restent indispensables pour la conservation des alpages alpins.
« l’Art-griculture » à la française

Château de Villandry (Indre-et-Loire, Centre-Val de Loire, France, 2022)
Lorsque nous avons posé la question à George Steinmetz s’il était passé par les contrées françaises lors de son projet, il nous a, toute de suite, répondu : « J’ai été émerveillé par « l’art agricole » français, explique-t-il, au Château de Loire Villandry ».
Si vous en n’avez jamais entendu parler, vous serez sûrement surpris de découvrir que la photo ci-dessus n’est pas artificielle mais représente bel et bien de réels potagers.
Par exemple les minuscules pois orange au milieu de chaque carré sont des bouquets de citrouilles poussant en hauteur !
La précision invraisemblable de ces parcelles, nous les devons à dix jardiniers à plein temps.
Attirant plus de 350 000 visiteurs par an, ces agriculteurs hors du commun sèment chaque jour les graines de leur succès.
Toujours moins pour toujours plus
L’industrialisation pousse les agriculteurs à produire des quantités astronomiques tout en automatisant la main d’œuvre. Bien que ce modèle de production réduise considérablement les charges, cela n’est pas sans coût pour l’environnement…
À ce jour, le réchauffement de notre planète, qui s’accompagne de la destruction massive des habitats naturels, en est la conséquence principale.
Finalement, ne faudrait-il pas plutôt que chacun d’entre nous contribue davantage à ce qui est mis dans son assiette… ?
Ah bon ?
- 40% des émissions de gaz à effet de serre proviennent du monde agricole.
- Les terres agricoles couvrent 40% de notre planète.
- Avant que les drones n’existent, George STEINMETZ effectuait ses photos aériennes en parapente !
Elisa Quesada-Walmsley
